09.09.2008

Aurélie Philippetti s'exprime dans le Courrier de l'Ouest

filippetti.jpgInterwievée par le Courrier de l'Ouest, Aurélie Philippetti, proche de Ségolène Royal, dit ce qu'elle attend du prochain congrès du PS.

 

Porte-parole du groupe socialiste à l’Assemblée Nationale, elle mise sur Ségolène Royal.

 

Vous avez participé à l’université d’été du PS à la Rochelle. Comment avez-vous vécu ces journées ?

 

« On se sentait un peu schizophrène ! Très bonne ambiance, d’un côté, entre militants de terrain et dans les tables rondes, avec plein d’idées, une grande envie de travailler ensemble, de s’opposer à la politique de Sarkozy, et de proposer des solutions nouvelles aux Français. De l’autre côté, un spectacle désolant de guerre des chefs avec les petites photos, les petites phrases, les déjeuners d’untel avec untel… Un climat délétère pour l’image du premier parti d’opposition en France ».

 

En novembre, le PS va tenir son congrès. Vous êtes impatiente ?

 

« Impatiente surtout qu’on arrête de donner ce spectacle. L’urgence, c’est de mettre en place une équipe pour travailler et définir un projet pour les dix ans à venir »

 

Et de voir émerger quelqu’un ou quelqu’une ?

 

« Oui, bien sûr. On ne peut pas séparer cette interrogation et la question de fond, celle du profond renouvellement qui est nécessaire. Or, celle qui incarne le plus cette volonté de rénovation, c’est Ségolène Royal. »

 

Le prochain candidat du PS à l’élection présidentielle peut-il ou peut-elle l’être sans diriger aussi le PS ?

 

« Ces deux responsabilités pourraient très bien être séparées. Mais dans la campagne de 2007, Ségolène Royal a payé le fait de ne pas avoir de cadres et les hauts dignitaires du parti suffisamment soudés derrière elle. L’enjeu, maintenant, c’est comment faire pour que le parti ne perde pas encore quatre ans et qu’il soit prêt en 2012. A cet égard, avoir une personnalité de transition à la tête du parti serait une erreur. »

 

Vous avez été conseillère spéciale de Ségolène Royal. Vous la connaissez bien…

 

« …Si tant est qu’on puisse prétendre connaître quelqu’un avec une telle personnalité. »

 

On vous retrouve, en tout cas, à ses côtés. A vos yeux, quelle est sa principale qualité ?

 

« Sa détermination, son énergie. J’ai rarement rencontré une telle force. La défaite l’a fait profondément réfléchir sur elle-même, sur sa façon de travailler, mais je ne l’ai jamais vue abattue… Sincèrement, je pense qu’elle a apporté un bol d’air frais au PS. Elle a d’ailleurs gardé du crédit et de la popularité parmi les militants. Quand elle se déplace, je constate la même ferveur autour d’elle. »

 

Le président de votre groupe, Jean-Marc Ayrault, déclare : « Nous sommes utiles mais ça ne se sait pas ». Est-ce aussi votre analyse ?

 

« Je ne suis pas aussi pessimiste. Nous avons réussi à faire entendre notre voix sur plusieurs sujets, le pouvoir d’achat, le gaspillage du paquet fiscal ou le projet de loi OGM, par exemple. Nous avons démasqué les illusions. »

 

« La France nous attend, elle nous cherche, mais elle ne nous trouve pas ». C’est Ségolène Royal qui le dit. A qui la faute ?

 

« Depuis le 21 avril 2002, nous n’avons pas assez travaillé, tous ensemble, à gauche, sur les causes profondes du traumatisme. Le programme socialiste, l’an dernier, était trop faible, insuffisant pour nourrir une campagne présidentielle. Il faut travailler avec  nos réseaux militants et faire confiance à l’intelligence des citoyens. Sur la démocratie participative, une idée très moderne et très juste, Ségolène Royal ne cédera pas. »

 

Jack Lang, Claude Allègre, Hubert Védrine séduits par le président Sarkozy. Est-ce que ça ne ressemble pas à une fuite des cerveaux du PS ?

 

« Non. Les doctorants et les chercheurs qui quittent la France ne sont pas, eux, en fin de carrière. Ils sont encore tout frais, pleins d’idées. En réalité, il y a beaucoup de cerveaux et de talents qui ne demandent qu’à s’exprimer au PS. »

 

Est-ce interdit à un socialiste d’apporter sa compétence à la majorité ?

 

« Non, bien sûr. Si certains peuvent apporter leur compétence à la France ou à l’Europe, c’est normal qu’ils le fassent, à la condition que ce ne soit pas de la récupération. Et qu’ils n’aient pas honte d’appartenir au PS ! Chaque démocratie a besoin d’une opposition forte qui n’a pas à avoir honte d’elle-même. »

 

Vous avez appartenu aux Verts avant d’en claquer la porte. Vous est-il arrivé de le regretter et, à vos yeux, le PS se préoccupe-t-il suffisamment d’écologie ?

 

Non, je n’ai jamais regretté d’avoir quitté les Verts où j’étais restée sept ans. Grâce à Ségolène Royal, l’environnement est entré dans les mœurs du PS. Au fond, j’aimerais bien qu’il y ait un grand parti de gauche qui réunirait des sensibilités différentes, avec le même idéal progressiste. »

 

Propos recueillis par Yves DURAND – Le Courrier de l’Ouest